La thérapie génique à l’attaque de l’Anémie de Fanconi

Après la bêta-thalassémie, la drépanocytose, l’hémophilie, une nouvelle maladie génétique du sang bénéficie aujourd’hui d’un essai de thérapie génique : l’Anémie de Fanconi. Une maladie grave qui s’installe progressivement et tue les cellules souches des malades susceptibles de développer différents cancers.

Depuis plus de dix ans, une équipe de Généthon* est engagée dans la recherche et la mise au point de thérapies innovantes pour les maladies du sang et du système immunitaire. Grâce à un vecteur développé par Généthon dans le cadre d’un consortium européen, un essai clinique a pu démarrer en Espagne. Des premiers résultats très encourageants ont été publiés chez 4 patients montrant la correction des cellules souches hématopoïétiques. 

Ces résultats sont le fruit d’une collaboration de longue date avec le Dr Juan Bueren. Nos expertises conjuguées ont permis de lancer cet essai qui est à la fois un succès technologique et thérapeutique : c’est la première fois au monde que l’on identifie le moment « idéal » pour prélever les cellules souches des patients qui en ont déjà très peu, que l’on parvient à manipuler et à modifier génétiquement ces cellules très fragiles que l’on démontre qu’elles peuvent greffer et produire divers types de cellules sanguines corrigées sans que les patients n’aient reçu de conditionnement chimiothérapeutique. 

* Le laboratoire Généthon est financé par les recettes des animations du Téléthon.

Je suis fière que nos efforts soient aujourd’hui payants pour les enfants atteints de cette forme de la maladie et qui peuvent bénéficier d’un traitement non toxique.

Anne Galy, directrice de Recherche Inserm, au sein du laboratoire Généthon.

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En savoir plus : L'anémie de Fanconi est une maladie génétique rare du sang dans laquelle la moelle osseuse ne produit pas assez de cellules sanguines. Elle touche les deux sexes avec une prévalence estimée à 1/300.000 naissances, soit environ 200 à 250 malades en France. Elle entraine dès l'enfance une fatigue importante, une susceptibilité élevée aux infections, des bleus et saignements.

 

Au cours de la croissance et à l'âge adulte, il y a un fort risque de voir se développer une leucémie aiguë ou des cancers touchant surtout la langue et la gorge (risque 4000 fois plus important que chez une personne non malade). La greffe de moelle osseuse, lorsqu’elle est possible, reste à ce jour le principal traitement de la défaillance hématologique typique de l’anémie de Fanconi. 

 

"La thérapie génique de Charlie, c'est une bouffée d'espoir"

Si les médecins observent que le gène introduit dans les cellules de Charlie prend le pas sur l’ensemble des cellules, ce sera pour le corps médical et, pour nous, une réussite. 

Cette phrase pleine d’espoir c’est celle des parents de Charlie après le traitement de thérapie génique dont elle a bénéficié. 

En 2017, c’est au détour d’une fièvre inexplicablement élevée qui dure chez Hugo, le frère de Charlie, alors âgé de 4 ans, que les médecins se rendent compte d’un problème au niveau de la moelle osseuse. Une anémie de Fanconi est soupçonnée. Compte-tenu de l’origine génétique de cette maladie, les 2 enfants subissent des tests. « Fin août 2017, nous avons eu la confirmation de l’anémie de Fanconi pour nos deux enfants. Nous nous sommes effondrés ».

 

Vivre avec l'anémie de Fanconi

Aurélien et Cécile, sont les parents de Hugo, 6 ans, et Charlie, 3 ans, tous les deux atteints d’une maladie rare du sang : l’anémie de Fanconi.

 

L’ANNONCE DU DIAGNOSTIC

 

Aurélien : La maladie a été diagnostiquée pour Hugo et pour Charlie en même temps, à l’été 2017. Hugo avait alors 4 ans et Charlie 1 ans. Hugo a fait une forte poussée de fièvre. Après plusieurs tests, trois mois après, on a appris le diagnostic de l’anémie de Fanconi. Ils sont assez identiques tous les deux, donc on a rapidement aussi fait le lien avec sa petite sœur. 

Cécile : On n'a pas le temps de tout réaliser quand l'annonce est faite. C'est comme une baffe et ensuite, il faut digérer et ça c'est long. Même si c’est pas toujours 100% conscient, c’est là. Donc oui, c’est une sorte de poids oui. C’est une maladie pour toute la vie

 

LA THÉRAPIE GÉNIQUE, UNE BOUFFÉE D’ESPOIR...

 

Aurélien : La thérapie génique c’était quelque chose d’assez extraordinaire, une bouffée d’espoir. Ça nous a donné énormément d’énergie dans tous les cas. On s’est lancés dans cette première étape de thérapie génique, qui était le recueil de cellules souches, et on a réussi à le faire pour les deux. Pour Hugo et pour Charlie. Finalement Hugo n’est pas rentré dans ce protocole. Les docteurs nous ont dit que c’était trop tard, parce qu’il aurait une greffe de moelle osseuse dans peu de temps et on n’aurait pas le temps de voir l’intérêt de la thérapie génique sur Hugo.. 

Cécile : Charlie est la première petite fille à avoir bénéficié d’un protocole en France . Oui, c'est une vraie chance, oui ! La décision n'a pas été très dure à prendre. Après, il fallait la faire vivre à Charlie le plus facilement possible.

 

... ET UNE RÉELLE CHANCE DANS LE COMBAT QUOTIDIEN CONTRE LA MALADIE 

 

Aurélien : La thérapie génique s'est déroulée assez rapidement en avril 2019. La phase la plus longue est la phase de recueil des cellules nécessaires. Aujourd'hui, après quelques mois, on sait que cela ne peut pas se voir tout de suite. Peut-être dans un an... Mais voilà, on a fait partie de cette aventure.

Cécile : Si je baisse les bras, ça s'arrête. C'est hors de question. On avance !

 

LA THÉRAPIE GÉNIQUE NE SOIGNERA QUE LA FAIBLESSE DE LA MOELLE OSSEUSE

 

Aurélien : Malheureusement, la thérapie génique ne soignera que les problèmes de moelle osseuse. Et ce n’est qu’une partie des problèmes de l’anémie de Fanconi. La thérapie génique ne remplira que les fonctions d’une moelle osseuse faible. Et ces cellules modifiées permettront à cette moelle de fabriquer autant de cellules souches que nécessaires pour la vie. Donc on traitera le problème de la moelle, mais on ne traitera pas les problèmes de cassure d’ADN et donc les problèmes d’apparition de cellules tumorales.

 

 

Cécile : C’est aussi pour ça qu’on a accepté de faire la thérapie génique. D’une part, évidemment, ça pouvait être bénéfique pour notre fille mais c’est aussi que, pour qu’il y ait une amélioration, il faut qu’il y ait des gens qui acceptent d’être traités. Il faut pouvoir avancer. Pour la recherche, pour la suite, pour donner de l’espoir aux gens et à nous. Pour espérer pouvoir trouver des solutions, des améliorations. On a vu que depuis 4 ans les choses ont complétement changé notamment vis-à-vis de la thérapie génique . 

Aurélien : On est suffisamment entourés pour comprendre cette maladie de plus en plus, pour travailler avec des laboratoires, avec des chercheurs pour essayer de comprendre ce qu’on fait aujourd’hui, ça ne va peut-être pas être utile à Hugo et à Charlie mais ça sera utile à d’autres enfants. Quand on regarde en arrière ce qui s’est passé depuis plus de 30 ans, ces évolutions, ces impacts… là on parle de thérapie génique, je me demande de quoi on parlera dans 20 ans !

 

 

Le Téléthon à l'origine de cette révolution thérapeutique

Le décryptage des 1ères cartes du génome, en 1992, grâce aux dons du Téléthon, a mis en route une véritable révolution thérapeutique. Plus de 30 ans après le premier Téléthon, grâce à la mobilisation de tous, nos victoires sur la maladie portent enfin des noms de médicaments. Une nouvelle ère s’ouvre pour les malades, remplie d’espoir. Et, aujourd’hui, 7 médicaments de thérapie génique changent la vie des malades concernés par des maladies rares de la vision, du système immunitaire, du sang, du muscle et de certains cancers. Cette aventure scientifique incroyable, Serge Braun, directeur scientifique de l'AFM-Téléthon, la raconte avec simplicité, passion et émotion dans le podcast « Innover pour guérir ».